Le macronisme est un faux progressisme, mais un vrai conservatisme

Le colloque de ce samedi qui convoqua une fondation de droite et une
fondation de gauche pour tenter de définir « le macronisme » fut
l’occasion d’une nouvelle expression de cette confusion qu’entretient
le pouvoir et qui existe depuis trop longtemps en Europe :
l’Indifférenciation entre la gauche et la droite qui trouble les électeurs et fait
le jeu des extrêmes.

La présence de l’ancien chancelier social-démocrate autrichien
Christian Kern à ce colloque ou le soutien du Premier ministre
travailliste maltais Joseph Muscat à une initiative Castaner-Renzi
illustrent combien toute une partie de la social-démocratie n’a pas
encore tiré les leçons des dix années passées.

Le progressisme à la Macron procède d’une vieille logique de droite :
ne pas assumer son conservatisme et revendiquer une identité
progressiste. C’est une tactique classique de triangulation : on tente
de dépasser la gauche sur sa gauche.

Déjà dans les années 70, Jacques Chirac, quand il fonde le RPR,
l’ancêtre de LR, situe Giscard sur sa droite et revendique d’être « le
travaillisme à la française ». Par la suite, assez régulièrement, la
droite va pratiquer cette triangulation qui a aussi pour but de
ringardiser la gauche en portant aux nues la social-démocratie
allemande ou nordique pour sa « modernité ».

L’exemple le plus classique c’est quand la droite reprend à son compte
la « flexisecurité » qui fut théorisée par un ministre travailliste
néerlandais et développée pour la première fois par le gouvernement
social-démocrate de Poul Nyrup Rasmussen au Danemark.

Mais la droite n’en a jamais retenu que la flexibilité du marché du
travail abandonnant la sécurité du travail…

Dans la prétention progressiste du macronisme, il y a donc cette
imposture d’autant plus que tous les ministres qui auraient pu être la
caution de gauche en matière de politique économique et sociale
viennent de la droite.

Dans un entretien récent à Ouest France, Sandro Gozi, l’ex ministre
des affaires européennes de Matteo Renzi affirme la stratégie de
l’euro-macronisme, provoquer une scission au sein du PPE pour séparer
la vieille démocratie chrétienne européiste de la nouvelle droite,
national-populiste.

Tout en voulant fonder une alliance « progressiste » qui associe des
conservateurs et des libéraux à des bouts de la social-démocratie,
Gozi attribue l’affaiblissement de cette dernière au fait qu’en
s’alliant avec la droite, comme par exemple en Allemagne, elle n’a pas
été en mesure de peser. C’est là une contradiction majeure : la
social-démocratie ne se renouvellera pas en épousant les contours, la
rhétorique ou les axes programmatiques de la droite.

La question de l’avenir de l’Europe ne passe pas seulement par la
démocratie, elle passe aussi par le social. Or s’il n’y a pas de
justice sociale, la démocratie s’affaiblit car elle ne serait que
formelle.

Renforcer un Etat providence par une fiscalité juste et la poursuite
de l’égalité réelle ce n’est pas ce que fait Macron dont la préférence
va aux plus fortunés, à ceux qui sont les vainqueurs de la
mondialisation.

Le macronisme est ainsi un vrai conservatisme car il préserve les plus
riches, il ne renverse pas l’ordre actuel, c’est-à-dire la domination
de ceux qui ont déjà tout. Il s’attaque ainsi aux retraités, aux
lycéens, aux fonctionnaires, aux paysans. Il est dans la main des
lobbies de tous ordres. Il foule même aux pieds le principe même de
précaution. Son progressisme ne vaut que pour ceux qui n’ont pas
besoin du progrès.

Pour achever de berner les gens, Macron veut imposer son récit par une
vision binaire qui a déjà été largement commentée : soit on est avec
lui, soit on est contre lui, soit on est pour l’euro-macronisme, soit
on est pour le populisme…

Mais cette manière de voir, basique, est elle-même un populisme chic :
Macron, en disant qu’entre l’extrême droite et lui il n’y a rien, ne
croit pas si bien dire au passage quand, comme Salvini, il ferme les
ports de France à l’Aquarius. Celui à l’oreille duquel murmurait
Philippe de Villiers durant la campagne présidentielle, croit encore
que le bonapartisme est la meilleure manière d’aborder les questions
européennes : Napoléon qui a transformé l’Europe en un vaste champ de
bataille… Finissant isolé, comme l’est Macron au plan européen.

Il faut donc assumer une rupture avec cette vision vieillotte d’une
Europe au nom de laquelle gauche et droite se confondrait. L’Europe
des sociaux-démocrates, quoiqu’on en pense, veut combattre le
national-populisme, elle veut renforcer la démocratie avant de
rassurer les marchés car elle veut retrouver la confiance des peuples.

Voilà le combat en tout cas que moi, je veux mener avec les
socialistes français et européens.

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