Le Parlement européen au chevet des abeilles

Communiqué de la Délégation socialiste française

Le Parlement européen a adopté ce jeudi 1er mars son rapport sur les perspectives et défis pour le secteur apicole de l’Union européenne. Alors que les abeilles et la filière apicole sont aujourd’hui gravement menacées, les eurodéputés demandent une meilleure valorisation des services rendus par les pollinisateurs.

Les abeilles jouent un rôle incontournable pour notre sécurité alimentaire et la biodiversité : indispensables à l’agriculture, elles pollinisent 84% des cultures européennes. Or, force est de constater que les abeilles disparaissent à un rythme alarmant. Depuis une quinzaine d’années, la mortalité des abeilles n’a cessé d’augmenter et touche aujourd’hui près de 40% des espèces sauvages et domestiques en Europe. Dans certaines régions, le taux de mortalité des abeilles atteint 80 %. Il y a urgence !

Les changements d’utilisation des terres et les pratiques de l’agriculture intensive portent une grande responsabilité dans le déclin du cheptel apicole européen. Les sociaux-démocrates rappellent qu’il est urgent de se tourner vers un modèle moins dépendant des pesticides et qui valorise davantage les services écosystémiques. Cette évolution passe par une réforme urgente de la PAC que nous souhaitons davantage tournée vers l’agroécologie.

Il est également essentiel de s’attaquer au miel frelaté, qui porte un préjudice considérable aux apiculteurs européens, et expose les consommateurs à des risques sanitaires graves. Un tiers du miel vendu en Europe est frelaté, ce qui est un record en termes de fraude pour un produit alimentaire ! Nous appelons la Commission européenne à renforcer l’étiquetage, la promotion et l’information auprès des consommateurs, ainsi que mieux contrôler les importations. De plus, la Commission doit veiller à ce que le miel et les autres produits apicoles soient considérés comme des « produits sensibles » et soient ainsi exclus des accords de libre-échange.

Nous estimons qu’un soutien accru au secteur est nécessaire, notamment en renforçant la formation et la professionnalisation, et par une augmentation de 50 % de la ligne budgétaire réservée aux programmes apicoles nationaux. Le développement de la recherche est une priorité afin de trouver des solutions pour lutter contre les parasites comme le Varroa Destructor. Nous appelons également à ce que la future politique agricole identifie l’apithérapie comme une priorité, et puisse valoriser les multiples propriétés médicinales que comportent le miel et le pollen.

Enfin, en amont des travaux de la commission spéciale pesticides (PEST), nous exigeons des règles plus strictes concernant les produits phytopharmaceutiques et l’interdiction, dès à présent, des néonicotinoïdes tueurs d’abeilles.

Le sujet sera à l’ordre du jour des 28 États membres, lors du comité PAFF des 22 et 23 mars prochains.

Néonicotinoïdes tueurs d’abeilles : le Gouvernement Macron doit assumer ses choix, l’Europe ne servira pas de bouc-émissaire !

Communiqué de la Délégation socialiste française

M. Travert, nouveau Ministre de l’Agriculture, a sous-entendu ce matin que la France pourrait revenir sur l’interdiction des pesticides tueurs d’abeilles : les néonicotinoïdes. Cette interdiction est pourtant l’une des avancées majeures en matière de protection de la santé et de l’environnement du quinquennat précédent et nous nous insurgeons contre ce retour en arrière dans la défense de la biodiversité. Cela d’autant plus que cette interdiction n’a pas occasionné depuis 2013 de réduction des surfaces emblavées ni des rendements.

En cherchant à se justifier, M. Travert a affirmé que cette interdiction n’était « pas en conformité avec le droit européen ». Déclaration surprenante lorsque l’on sait que le gouvernement a annoncé, pas plus tard que la semaine dernière, que le temps du « c’est la faute à l’Europe » était révolu. Or, dès lundi, le ministre de l’agriculture se cache de façon mensongère derrière l’Europe pour annoncer sa décision, véritable provocation pour les défenseurs de l’environnement.

Cette déclaration est encore plus choquante lorsque l’on sait que la commission parlementaire en charge de l’environnement au Parlement européen vient de voter, jeudi 22 juin, à une écrasante majorité, y compris avec des voix de la droite européenne, pour l’extension et le renforcement du champ d’interdiction de ces néonicotinoïdes tueurs d’abeilles : le thiamethoxame (produit par Syngenta), la Clothianidine et l’Imidaclopride (tous deux produits par Bayer). Ce vote faisait suite à la proposition faite en mars dernier par les services de la Commission européenne en faveur d’une interdiction quasi totale de ces trois néonicotinoïdes pour améliorer la protection des abeilles, des pollinisateurs et de l’environnement

Pire, par ses déclarations, M. Travert, a fait part de sa méconnaissance du droit européen. À l’écouter, le gouvernement pourrait décider d’abroger toutes les dispositions nationales qui excèdent les normes européennes. Or, c’est méconnaître le fait que, souvent, la norme européenne est un minimum, et que les États membres ont la possibilité d’aller plus loin en terme de protection des consommateurs et des travailleurs. Et heureusement d’ailleurs !

Nous appelons M. Macron à clarifier d’urgence la position de son Gouvernement sur cette question, fondamentale pour la préservation de la biodiversité et l’avenir de notre agriculture. Sans les abeilles, c’est toute notre chaîne alimentaire qui est menacée