Rencontre avec quatre étudiants de MBA sur l’influence des politiques européennes

Ce vendredi 8 juin j’ai rencontré quatre étudiants préparant un MBA de Wharton/ Lauder Institute, un master d’excellence portant sur les études internationales au siège de l’Alliance française à Paris. Ils consacraient la semaine du 4 au 8 juin à la question de « la France dans l’Union européenne » et souhaitaient ainsi obtenir des précisions sur l’influence des politiques européennes sur la politique française.

J’ai tout d’abord évoqué les différences entre les textes élaborés au Parlement français, plus imagés, littéraires, et ceux travaillés au Parlement européens, plus techniques, plus complexes. Ayant participé à la Commission d’enquête sur les émissions de carburants j’ai rappelé de la nécessité de créer un cadre normatif pour les limiter en prenant l’exemple du Dieselgate. Ce cadre doit se traduire par plus d’enquête sur la fraude, une action pour éviter toute récidive de la part des entreprises mais aussi une plus grande protection des citoyens.

 

Ensuite, lors de ma présentation, j’ai rappelé que ma place de Présidente de la délégation socialiste française se traduit par un travail sur le renforcement des institutions européennes dans le but d’avancer vers une fédération d’États, seul moyen de lutter efficacement contre la montée des populismes en Europe.

 

La première question portant sur le Dieselgate concernait l’existence d’initiatives nationales à ce sujet. L’Union européenne se doit de proposer un « corpus législatif » afin d’inciter les États-membres. En parallèle, des actions judiciaires sont en cours et permettent de faire avancer les enquêtes. Une commission d’enquête a été déclenchée plus de quatre mois après que le scandale a éclaté, quand bien même l’Union possédait des informations sur les distorsions entre chiffres annoncés et chiffres réels. Il me semble qu’elle a dû à l’époque faire un choix entre le nombre de morts prématurées chiffré à 500 000 selon la Commission Environnement et le taux de chômage très élevé à la sortie de la crise de 2008 qui aurait sans doute augmenté encore si un scandale automobile avait alors explosé. Les enjeux sont similaires pour les questions des pesticides et du glyphosate. Les initiatives nationales sont trop rares et les normes actuelles insuffisantes. Il est nécessaire de créer un cadre législatif protecteur et de garantir son efficacité en mettant en place des mécanismes de contrôle. Ce mécanisme n’est pas assez performant. Pour cela il doit être plus indépendant. C’est dans ce but que nous avons créé l’Agence européenne indépendante basée sur le mode de l’Agence américaine de l’environnement.

 

Il m’a ensuite été demandé d’expliquer les causes de l’euroscepticisme montant ces dernières années. Tout d’abord la mondialisation a eu un impact très grand sur nos sociétés. Beaucoup de personnes ont vu leurs conditions de vie dégradées, la transition des mines de charbon a par exemple fait monter la pauvreté en masse. L’Union européenne aurait dû être plus forte. C’est en formant une alliance plus protectrice, avec une coopération accrue que nous réussirons notre mission de protéger les citoyens européens. En attendant, les attentions ont été tournées vers la personne morale de l’Union européenne alors que résumer le problème à notre construction européenne est réducteur. Pour contrer cela il nous faut stopper le dumping social entre Européens, protéger travailleurs et consommateurs, montrer que c’est ensemble que nous sommes plus forts. J’ai redit que l’immigration ne devrait pas être un motif de rejet. Le marché de l’emploi européen est très variable. Il y a par exemple un déficit démographique important en Europe de l’Est et en Allemagne dans lesquels un accueil important des réfugiés serait très bénéfique à l’économie. Pour autant les pays de l’Europe de l’Est refusent d’intégrer ces populations étrangères à leur population du fait des différences de culture, de religion. La création d’une Agence européenne de l’emploi qui serait ouverte en dehors des frontières de l’Union permettrait une meilleure répartition de la main d’œuvre.

 

Il n’existe pas de vague d’immersion de migrants comme semble le penser certains. Sur les 500 millions d’habitants de l’Union européenne, moins d’un million de réfugiés a été accepté dans ses frontières. Le problème est la répartition de ceux-ci, la solidarité entre les États pour leur accueil et non pas leur nombre. Je me positionne absolument contre le plan de Dublin qui préconise que la demande d’asile d’un immigré soit traitée dans son pays d’arrivée. Au contraire, je milite en faveur de l’Agence européenne pour l’asile qui doit permettre cette répartition mais elle doit pour cela avoir plus de compétences, demande bloquée par le gouvernement Macron par l’intermédiaire du Conseil.

 

Est ensuite venu le sujet de l’Euro-redevance. L’idée est de flécher les redevances vers les différents types de transports. Nous travaillons en ce moment au sein de l’Union européenne afin qu’elles soient redistribuées directement aux régions qui pourront dans ce cadre les utiliser en fonction de leurs singularités. Le but est de diversifier le mode de transports, limiter le nombre de poids lourds sur nos routes en plaçant le ferroviaire comme une alternative plus écologique et économiquement viable.

 

La dernière question portait sur le couple franco-allemand au sein de l’Union européenne. Cette vision est intéressante mais très française. L’Allemagne se positionne plus en faveur d’une intégration forte des différents pays de l’UE. Il est nécessaire de terminer ce processus fédéral européen afin d’avoir une union plus forte et protectrice pour défendre l’ensemble du projet européen quand bien même celui pourrait comporter des risques aux vues de la montée des nationalismes en Europe.

Directive « chercheurs et étudiants »

Le Parlement européen a adopté, ce mercredi 11 mai, des nouvelles règles simplifiées et harmonisées pour faciliter l’entrée de certains citoyens de pays tiers sur le territoire européen. Les étudiants, chercheurs, stagiaires, volontaires et, pour la première fois, les travailleurs au pair, seront concernés. Même si ce texte constitue une avancée indéniable que l’on ne peut que saluer, il faudra selon moi aller plus loin et adopter une approche européenne ambitieuse sur les migrations économiques légales. Une stratégie qui soit globale et qui prenne en compte tous les niveaux de compétences, afin de combler les lacunes identifiées sur le marché du travail européen et répondre aux défis démographiques d’ampleur qui se posent aujourd’hui.

Voici le texte de mon intervention en plénière :

« Les migrations légales ne sont pas un danger pour l’Union européenne et ses États membres. Au contraire, elles représentent un atout pour nos économies et une chance pour l’avenir, d’autant plus face aux défis démographiques importants que nous connaissons.

Le Groupe S&D soutient pleinement cette directive, qui permettra de préciser et d’harmoniser les conditions d’entrée et de séjour en Europe des étudiants et des chercheurs, mais aussi des stagiaires, volontaires et travailleurs au pair.

Ce texte contient de nombreuses avancées indispensables pour rendre l’Union plus attractive vis-à-vis de ces citoyens de pays tiers, qui constituent un véritable vivier de nouveaux talents. Des droits renforcés sont garantis pour les étudiants et chercheurs, notamment s’agissant du droit au travail. Leur mobilité est facilitée au niveau européen, ce qui s’appliquera également pour leurs proches.  Il était aussi essentiel que la directive supprime de nombreux obstacles administratifs, et facilite ainsi les procédures d’admission.

Je salue ce texte qui vient s’ajouter au panel de mesures de l’Union en matière de migrations légales. Il ne pourra que redynamiser l’espace européen d’éducation et de recherche, et offrir des perspectives positives pour nos sociétés, tant d’un point de vue social que culturel. Plus encore, cela va tout à fait dans le sens de notre volonté d’ouvrir des voies sûres et légales vers l’Europe.

Toutefois, nous devrions aller au-delà de cette approche fragmentée, qui continue de ne s’appliquer qu’à certaines catégories de personnes. La prochaine étape devrait être de proposer un cadre global qui encadre le séjour des ressortissants de pays tiers dans l’Union, afin de pouvoir répondre aux besoins du marché du travail européen.  »

 

Voici le texte de mon explication de vote :

« Je me réjouis de l’adoption de cette directive qui permet d’ouvrir de nouvelles voies sûres et légales vers l’Europe. Elle offrira plus de sécurité juridique ainsi que des règles communes simplifiées et harmonisées, afin d’attirer certaines catégories de citoyens de pays tiers dans l’Union, à savoir les chercheurs, étudiants, stagiaires, volontaires et travailleurs au pair. Ce texte contribuera à renforcer l’ouverture sur le monde de l’Europe, en éliminant les obstacles administratifs inutiles qui décourageaient jusque-là tant de jeunes talents à rejoindre notre continent.

Les étudiants pourront travailler jusqu’à quinze heures par semaine, et leur mobilité au sein de l’Union sera facilitée, comme pour les chercheurs. Ces derniers pourront être accompagnés de leurs proches, qui auront également le droit de se déplacer en Europe et de travailler. Surtout, étudiants et chercheurs auront la possibilité de rester plusieurs mois dans leur État membre d’accueil, à la fin de leurs études ou contrats, afin de chercher un travail ou de créer une entreprise.

Cette directive représente une avancée vers la constitution d’un espace européen unifié pour les migrations économiques légales. Celles-ci apportent une réponse positive aux défis démographiques et économiques que nous connaissons, ainsi qu’une valeur ajoutée inestimable pour l’avenir de nos sociétés. »

 

Un vote pour la circulation des étudiants, des chercheurs, des stagiaires et des idées

Communiqué de la délégation socialiste française au Parlement européen

Les eurodéputés socialistes et radicaux se félicitent de l’adoption, aujourd’hui, de règles d’entrée et de séjour harmonisées au niveau européen pour les étudiants, les chercheurs, les stagiaires, les bénévoles et les jeunes gens au pair de pays tiers.

Un monde ouvert pour la jeunesse est bon pour la circulation des idées : faciliter la vie des étudiants et des chercheurs de pays tiers et les inviter à étudier ou à mener des recherches dans des universités européennes ne peut être que positif à la fois pour les pays d’origine et pour l’Europe. Trop souvent, les étudiants et chercheurs originaires de pays tiers se heurtent à des obstacles administratifs inutiles pour suivre des études ou faire de la recherche dans l’Union, ce qui finit par les dissuader.

C’est également un moyen de renforcer la position de l’Europe sur la scène mondiale dans les domaines de la recherche et de l’innovation, et de répondre aux défis démographiques et économiques auxquels nous faisons face, tout en renforçant les droits des jeunes en mobilité : les étudiants seront autorisés à travailler au maximum 15 heures par semaine, étudiants et chercheurs pourront séjourner dans l’État membre d’accueil au moins 9 mois après avoir terminé leurs études ou contrats afin de rechercher du travail ou de créer une entreprise. Des droits seront également garantis pour les proches : les chercheurs pourront être désormais accompagnés des membres de leur famille ; ils auront également le droit de se déplacer au sein de l’Union européenne et d’y travailler pendant leur séjour. En matière de procédure d’admission, le Conseil a toutefois souhaité renforcer les motifs pour lesquels une demande peut être refusée ; cette disposition est regrettable puisqu’elle pourrait donner aux États une grande marge d’appréciation dans l’acceptation des demandes. Le Parlement a toutefois obtenu que la Commission assure un suivi particulier de cette disposition aussi bien dans le cadre de la transposition de la directive que celui de sa mise en œuvre.

Avec ces nouvelles règles, nous soutenons l’ouverture internationale et l’attractivité de l’espace européen et français d’éducation et de recherche. Outre des dispositions harmonisées et simplifiées, ce cadre permettra de lutter efficacement contre les risques d’exploitation et de concurrence déloyale sur le marché du travail, auxquels trop souvent ces personnes sont confrontées.

Enfin, ce texte va dans le sens de la vision progressiste défendue par les Socialistes et Radicaux pour l’ouverture de voies légales et sûres dans le contexte d’une stratégie migratoire globale et cohérente.

La prochaine étape devrait être de proposer un cadre global qui encadre le séjour des ressortissants de pays tiers dans l’Union, afin de pouvoir répondre pleinement aux besoins du marché du travail européen.