Quel rôle pour la France dans la refondation de l’Europe ?

Tribune publiée dans Euractiv

Par les eurodéputés socialistes et radicaux : Eric Andrieu, Guillaume Balas, Pervenche Berès, Jean-Paul Denanot, Sylvie Guillaume, Louis-Joseph Manscour, Edouard Martin, Emmanuel Maurel, Gilles Pargneaux, Christine Revault d’Allonnes-Bonnefoy, Virginie Rozière, Isabelle Thomas

L’Union européenne s’enfonce chaque jour un peu plus dans une crise sans précédent aux facettes multiples. Les attaques du 13 novembre ont choqué les Français et ébranlé, chez certains d’entre eux, les valeurs républicaines.  Nous sommes convaincus qu’aucun pays ne pourra ni relever ces défis seul, ni se redresser sans l’Europe, a fortiori si celle-ci se désintègre.

Dans les crises récentes, l’Europe a trop souvent produit des décisions avec du ‘trop peu, trop tard’, avec une intégration sans responsabilité, sans véritable solidarité ; le doute s’est installé alors que l’Union européenne pourrait être le terrain permettant de redonner du souffle à notre horizon national. La construction européenne est vécue comme une addition d’interdépendances négatives n’ayant pas produit de solidarité. Elle met dangereusement en concurrence les États membres et les peuples. La méthode des petits pas, dès lors qu’elle s’est attaquée à des sujets relevant de la souveraineté partagée, est mise en échec. Maastricht n’a pas produit de politique économique européenne ; Schengen n’a pas produit de politiques communes d’asile, d’immigration ou de frontières extérieures.

Au-delà du pacte de stabilité et du pacte de sécurité, il faut défendre un double pacte : celui de l’État de droit et celui de la solidarité

C’est donc à une œuvre de refondation profonde que nous devons nous atteler, à un nouveau contrat pour unir les Européens. Beaucoup dépend de la France. Avec la gauche européenne, nous devons refuser la dangereuse prise en otage des questions européennes et internationales au profit du repli national, favorisée par une crise économique entretenue par l’orthodoxie budgétaire et l’application de règles inadaptées et procycliques. Cette crise nourrit les discours nationalistes et europhobes, qui gagnent du terrain à chaque élection dans de nombreux pays de l’Union, dont le nôtre.

La France doit prendre une initiative au sein de la famille progressiste européenne alors que les socialistes participent au pouvoir dans quatorze pays sur vingt-huit. La priorité, c’est de mobiliser notre camp autour des valeurs. L’identité européenne, et donc la nôtre, se joue ici et maintenant. Au-delà du pacte de stabilité et du pacte de sécurité, il faut défendre un double pacte : celui de l’État de droit et celui de la solidarité. Notre engagement est celui de la lutte contre les inégalités de toute nature. Nous devons réagir face aux atteintes à l’État de droit et aux droits fondamentaux.

L’Europe par les règles a fait long feu

C’est aussi dans notre famille politique que doit se consolider la bataille des contenus. C’est l’Europe des projets. Les politiques européennes d’austérité abîment l’Europe. L’urgence est de rétablir les indispensables solidarités, puisque aucun État membre, quel que soit sa taille ou sa puissance, ne peut espérer trouver seul les solutions à des défis qui sont en réalité communs.

Dans le prolongement du succès de la Conférence de Paris sur le climat en décembre dernier, nous avons aussi une responsabilité pour en faire la feuille de route d’un nouveau modèle de croissance à l’échelle du continent porteur de l’éco-socialisme.

Des alliances fortes avec les responsables politiques progressistes de pays comme l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce doivent être nouées. C’est sur cette base que l’action au Conseil européen devrait être engagée. L’amitié franco-allemande y joue, depuis l’origine, un rôle majeur : cette relation est essentielle mais elle doit aussi assumer ses contradictions lorsqu’elles existent.

Le Brexit, l’heure de clarifier les perspectives du projet européen

La négociation avec le Royaume-Uni est l’occasion de rappeler l’importance du rapport de force politique au sein de l’Union européenne. Cette négociation, quel qu’en soit le résultat, doit être saisie pour procéder à l’indispensable clarification des perspectives du projet européen alors que l’Allemagne, le pays de destination du plus grand nombre de réfugiés, en appelle aujourd’hui à la solidarité européenne. Le moment est venu de redéfinir les éléments et les outils du socle de solidarité entre Européens. Il devrait notamment assurer le respect de l’État de droit, le partage dans l’exercice d’une politique migratoire commune, un budget de la zone euro et des ressources propres assises notamment sur l’impôt sur les sociétés et sur une taxe sur les transactions financières ambitieuse, un renforcement des dispositions relatives au détachement des travailleurs ou encore un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union, le développement d’une Europe de la défense appuyée sur une vision partagée des intérêts stratégiques européens.

Notre pays devrait conditionner sa participation à toute nouvelle décision européenne au respect de l’État de droit, aux progrès en matière de lutte contre le dumping social et fiscal, à la mise en cohérence des décisions européennes avec les résultats de la COP 21 et à la concrétisation du principe du juste échange dans nos relations commerciales avec le reste du monde.

Pour convaincre à nouveau les Français que l’Europe est leur avenir, les arguments sur le coût de la non-Europe ne suffisent plus pour contrer les euro-hostiles. Il faut redonner du sens à l’intérêt général européen. C’est un défi pour l’Europe, c’est le rôle de la France.

Par les eurodéputés socialistes et radicaux : Eric Andrieu, Guillaume Balas, Pervenche Berès, Jean-Paul Denanot, Sylvie Guillaume, Louis-Joseph Manscour, Edouard Martin, Emmanuel Maurel, Gilles Pargneaux, Christine Revault d’Allonnes-Bonnefoy, Virginie Rozière, Isabelle Thomas

L’Europe s’invite dans les débats de la 11ème circonscription du Val de Marne

Lundi 15 février je suis intervenue à l’occasion d’une réunion intersection de la 11ème circonscription du Val-de-Marne en présence de Jean-Yves Le Bouillonnec, député-maire de Cachan, Dominique Barjou, conseillère régionale et Hélène de Comarmond, vice-présidente du conseil départemental et première adjointe au maire de Cachan.

J’ai ouvert le débat par un point d’actualité sur l’Europe et notamment sur la question du dumping social et du salaire minimum dans les transports. Ces thématiques qui touchent l’ensemble du secteur des transports (routier, aérien, ferroviaire et maritime) revêtent une importance cruciale pour les ressortissants de l’Union européenne. Aujourd’hui il y a des travailleurs détachés dans toute l’Europe qui sont prêts à travailler pour des salaires excessivement bas dans les pays les plus riches. C’est un vrai problème qui pose la question du maintien des droits sociaux et de la concurrence déloyale.

Un autre exemple illustre assez bien le manque d’harmonisation sur la question sociale : certains pays comme l’Irlande par exemple, attirent beaucoup de capitaux et de salariés du fait de leur attractivité liée à l’installation de grandes multinationales. Cependant, les droits sociaux sont très limités : le système de santé est cher et de mauvaise qualité, le droit à l’avortement inexistant, et il est très difficile de se loger. C’est la conséquence de l’ultra libéralisation du modèle irlandais, qui possède ainsi des conditions de vie inadéquates !

Dans ce contexte, le chantage engagé par D Cameroun en vue de la préparation de son referendum et de la menace de la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne avec le Conseil, la Commission et les Etats-Membres renforce l’axe ultra libéral au sein du Parlement européen.

La radicalisation du discours et des intentions a pour mérite de clarifier l’échiquier politique et le comportement des groupes dans leurs votes. Aujourd’hui, trois blocs coexistent au niveau européen :

-Celui des progressistes, qui sont en faveur de l’ouverture des frontières et de l’accueil des réfugiés.

-La droite classique, avec qui on peut trouver des points d’accord sur les questions migratoires mais qui reste fermée sur les questions économiques.

-Et le bloc des extrêmes avec qui les discussions sont impossibles.

L’actualité bouillonnante renforce les divisions et les affrontements entre les trois blocs. C’est pourquoi il est important de se recentrer sur des questions essentielles et d’avancer vers une nouvelle étape, comme le renforcement de la zone européenne et l’harmonisation sociale et fiscale.

Par ailleurs, il ne faut pas laisser la logique économique éluder les questions sur l’état de droit au sein de l’Union européenne. Ces valeurs représentent le fondement de l’Union mais malheureusement elles sont trop souvent battues en brèche dans de nombreux Etats (comme par exemple en Hongrie, en Pologne, au Danemark, …) ; et quand les grands principes fondateurs de l’Union européenne sont mis à mal, il faut absolument avancer et faire en sorte de les préserver.

Tous ces sujets sont passionnants au quotidien et la construction de l’Europe se poursuit à grands pas. Les Parlementaires obtiennent des victoires qui font bouger les choses à l’échelle européenne ; comme par exemple la création de la commission d’enquête sur l’affaire Volkswagen, dont je suis membre. C’est une véritable victoire pour l’Europe, aucune commission d’enquête ne s’étant constituée depuis le scandale de la vache folle ! Alors même si les institutions européennes émettent principalement des avis sans contrainte pour les États membres, nous faisons en sorte d’aller plus loin pour arriver à un véritable changement. La commission d’enquête va pouvoir demander des comptes aux Etats-membres ; c’est la preuve que les choses bougent.

L’Europe est aujourd’hui menacée d’imploser et il incombe aux progressistes européens de saisir le débat sur une révision des Traités, de la gouvernance de la zone Euro, pour appuyer notre demande de création de deux nouveaux pactes : un pacte de l’Etat de droit et un pacte de la solidarité.