On ne joue pas avec le droit ni avec la santé des européens !

Communiqué de la Délégation socialiste française

La cour de justice de l’Union européenne a aujourd’hui annulé partiellement le règlement de la Commission européenne permettant aux constructeurs de dépasser les limites d’émission d’oxydes d’azote. Ces dernières étaient fixées dans la loi européenne pour l’homologation des véhicules particuliers et utilitaires légers neufs. Cette décision avait été attaquée par les villes de Paris, Bruxelles et Madrid.

Les eurodéputés socialistes et radicaux se félicitent de cette décision.

Pour Christine Revault d’Allonnes-Bonnefoy, Présidente de la délégation socialiste et radicale française, « nous avions dénoncé la manipulation du droit faite par la Commission européenne après le scandale du Dieselgate. Les sociaux-démocrates s’étaient opposés en 2016 à ce règlement qui permettait aux constructeurs de dépasser les normes d’émissions de 110% à partir de 2017, et de 50% en 2020. Nous avons dénoncé avec force la Commission européenne, les États membres et la droite européenne qui ont soutenu ce règlement au mépris de la santé des citoyens. Ce cadeau fait aux industriels du secteur automobile était pour nous inacceptable. Nous ne pouvons plus tolérer que l’Institution gardienne des Traités torde le cou des règles selon son bon vouloir. La Cour a laissé 12 mois à la Commission européenne pour faire une nouvelle proposition. Cette dernière devra avoir pour seul objectif de protéger la santé des Européens ».

L’Europe, un espace de libre circulation et d’accueil : une chance à saisir !

Jeudi 29 novembre, à la Maison de l’Europe de Paris, j’ai participé à un débat organisé par le think tank Eurocité et la fondation Friedrich Ebert, sur le thème « l’Europe un espace de libre circulation et le Pacte mondial sur les migrations : de quoi s’agit-il ? ». Je suis intervenue aux côtés de la sociologue Catherine Withol de Wenden et Marcus Engler, du collectif de recherche sur les réfugiés en Allemagne. L’objectif était de se pencher sur les aspects politiques, juridiques et sécuritaires de l’accès des populations migrantes à l’Europe, de discerner la diversité des positionnements possibles sur l’échiquier politique européen à travers les aspects économiques et sociaux de l’afflux migratoire, et notamment des mesures d’intégration mises en place dans les pays européens en réponse à l’arrivée de demandeurs d’asile et de migrants économiques ou estudiantins.

Lors des échanges avec la salle j’ai rappelé que le Pacte mondial sur les migrations était un texte non contraignant reconnaissant la nécessité d’un engagement de tous les Etats. Certains Etats de l’Union européenne ont décidé de sortir du Pacte sous prétexte qu’ils n’avaient pas de leçons à recevoir de l’Europe ; un argument largement utilisé par les europhobes sur les sujets migratoires, sur les droits des femmes et plus largement sur les droits fondamentaux. En 2014-2015, on entendait un discours positif sur le sujet, sur l’apport économique des migrations, sur l’apport culturel aussi, les élections nationales successives ont laissé place à un tout autre discours constitués de fake news, de fantasmes et de contrevérités. Il n’existe pas d’opinion politique homogène. Face à la crise de l’accueil des réfugiés il faut un discours politique fort et argumenté.

Voici le texte de mon intervention :

« L’accueil des réfugiés est un sujet brulant depuis quelques années, plus précisément depuis 2015 et les arrivées massives en Grèce et en Italie des Syriens fuyant la guerre. Il est vrai que 2015 a été exceptionnelle, avec plus d’1 million d’arrivées en Europe, soit 4 fois plus qu’en 2014. Je ne nie pas l’ampleur de ce qui s’est passé en 2015 et les inquiétudes que cela a pu engendrer dans nos populations. Mais il faut réussir à prendre du recul: déjà car la situation s’est stabilisée. Selon l’organisme des Nations Unies chargé des migrations, 82 000 migrants sont arrivés en Europe par la mer en 2018. En comparaison, ils étaient plus de 300 000 au même moment en 2016. Surtout, même si c’est impressionnant, l’Europe est touchée de manière marginale par les migrations. La planète compte près de 60 millions de déplacés par an et la répartition se fait de façon très inégale car les premiers pays d’accueil sont la Turquie ou le Liban, avec 30% de sa population. Au plus fort de ce qu’on a appelé une « crise migratoire », l’Europe accueillait autour d’1 million de réfugiés pour une population de 500 millions d’Européens. Je mentionne beaucoup de statistiques mais elles sont importantes pour dédramatiser le débat.

L’Union européenne d’aujourd’hui n’a pas su prendre en charge les migrants avec efficacité et dignité, ce qui est d’autant plus problématique lorsqu’on se rend compte, avec ces chiffres, que nous sommes loin d’une crise. Ce n’est pas tant la faute du Parlement européen ou de la Commission européenne, mais bien des états membres. Les États membres s’engagent dans des réformes inutiles et dangereuses. L’Autriche et son gouvernement d’extrême-droite, la Hongrie du populiste V. Orban ou l’Italie de M. Salvini ont réussi à déplacer le sujet sur la gestion des frontières extérieures et la lutte contre l’immigration irrégulière. Le Conseil ne discute même plus de la réforme de l’asile proposée par la Commission européenne et amendée par le Parlement européen. Même les États considérés progressistes ne s’y opposent pas clairement. E. Macron par exemple a fait de beaux discours lors des conseils européens mais aucune décision concrète n’a été prise. D’ailleurs la réforme de l’asile française n’est pas si différente ; elle légifère sur la répression et les retours et pas sur l’intégration et l’accueil.

L’idée du Conseil est la suivante : repousser les migrants toujours plus loin de nos frontières. Le Conseil est prêt à tout : conditionner sa politique de développement des pays tiers à la coopération migratoire, négocier des accords avec la Turquie ou accepter les camps en Libye. Ces pays parfois instables et dangereux seraient en mesure de faire ce que l’Union européenne, 1ère force économique mondiale, ne peut pas ? C’est un incroyable aveu de faiblesse.

Récemment, je me suis insurgée par la décision de l’Autriche, qui représente en ce moment l’UE, et de la Hongrie ou de la Pologne de ne pas s’associer au Pacte mondiale des migrations ; qui est une déclaration non-contraignante de l’ONU sur les migrations. Nous n’avons même plus de consensus international sur un texte non-contraignant qui rappelle l’importance de la gestion concertée de la migration.

La situation est donc très critique mais le Parlement européen est heureusement plus courageux et parle d’une voix bien différente. L’accord que nous avons trouvé sur l’asile est bon et applicable. Je précise que le Parlement est traversé par les mêmes courants politiques que le Conseil et pourtant, un accord a été trouvé. C’est une simple question de volonté politique. Je suis fière du groupe des Socialistes et Démocrates car pendant des mois, nous avons négocié avec acharnement, en particulier sur le règlement de Dublin. Vous le savez, le Règlement de Dublin détermine le pays responsable d’une demande d’asile selon le principe suivant : le premier pays d’entrée du migrant est le pays responsable. C’est un système inefficace et injuste car les pays en première ligne aux frontières extérieures, tels que la Grèce ou l’Italie, sont de facto en charge de l’ensemble des demandes d’asile. États qui de surcroit sont en proie à des difficultés économiques. Les États européens ont abandonné la Grèce et l’Italie, car ils n’avaient aucune obligation légale de leur venir en aide. Voilà pourquoi notre proposition supprime cette disposition injuste du premier pays d’arrivée. A la place, nous avons instauré un mécanisme permanent et contraignant pour la répartition des demandeurs d’asile entre tous les États membres, qui prendra en compte les choix des migrants. Tous les États devront participer et le nombre de migrants accueillis sera calculé en fonction de la population et du PIB. C’est un système juste où chacun prend sa part de responsabilité.

Personnellement, j’aurais souhaité que les demandes d’asiles soient traitées par un « OFPRA européen » afin d’éviter les différences de traitement entre les états et les blocages de certains gouvernements à faire respecter le droit. Mais il me faut encore convaincre, tant mon groupe que l’ensemble du Parlement ; j’y travaille.

Outre la procédure, le Parlement européen a plusieurs propositions en matière d’accueil des migrants : l’accès au marché du travail au maximum 2 mois à compter de la date de dépôt de la demande d’asile, l’accès à la formation professionnelle, la gratuité des cours de langues ou l’accès immédiat aux soins de santé et à l’éducation pour les mineurs non accompagnés. Ce n’est pas trop, c’est notre devoir humanitaire et notre obligation internationale de respecter la Convention de Genève. Mais là encore, les négociations avec le Conseil sont brutales, ils rechignent à dépenser un centime pour des hommes et des femmes vulnérables. À ceux qui parlent de coûts disproportionnés, il faut pourtant rappeler que c’est économiquement viable et profitable. La hausse des dépenses publiques est compensée par la hausse de la main d’œuvre et de la consommation. Sans compter que nos sociétés sont vieillissantes et que le besoin de main d‘œuvre est cruciale, en particulier dans les pays d’Europe centrale – et pourtant ! ces pays sont les premiers à s’opposer à toutes réformes.

La migration a un effet favorable sur la croissance et représente une opportunité de développement économique pour l’ensemble de la société. Les populistes ont trouvé ici un moyen de contrôler la crainte de déclassement des électeurs en accusant les migrants de leur voler leurs emplois ou leurs aides. C’est la solution de facilité : il est en effet plus facile de fermer la porte aux personnes dans le besoin que de modifier en profondeur nos politiques. Mais l’histoire donnera tort à ces populistes car les migrations ne s’arrêteront pas, nous avons intérêt à réformer dès maintenant. Je pense aux changements climatiques qui obligent des millions de personnes à fuir leurs pays et qui seront demain des réfugiés. Voilà pourquoi je prône pour un statut de « réfugié climatique » mais sur ce sujet, même le Parlement n’arrive pas à se mettre d’accord à ce stade.

Pour conclure, il y beaucoup de mythes et de mensonges véhiculés autour de ce sujet et je reconnais qu’ils sont difficiles à contrer mais nous avons une opportunité lors de la campagne pour les élections européennes de mai 2019. Nous pourrons rappeler les propositions du Parlement pour un accueil digne et humain des migrants, pour diffuser des messages positifs sur les migrations et rappeler les faits et les chiffres.

Aussi comme je l’expliquais, je considère que nos propositions pour l’asile et la migration s’inscrivent dans un cadre plus large de luttes sociales contre les inégalités, car c’est le terreau de la peur et du rejet. »

 

 

 

A la rencontre des femmes du Réseau Québec Monde

Vendredi 23 novembre, à la fondation Robert Schuman, j’ai rencontré une délégation de femmes du réseau Québec Monde venue à Paris dans le cadre d’une importante mission franco-québécoise, nommée « Femmes de pouvoir 21ème siècle » ; j’ai échangé avec une dizaine de femmes pour la plupart étudiantes en éducation, économie, droit, communication, sciences politiques, relations internationales. A travers les grands thèmes d’actualité, nous avons parlé de l’égalité Femmes/Hommes et de la perception des questions d’égalité au sein de l’Union européenne.

J’ai rappelé qu’en France quand on est socialiste, on est féministe ; cela fait partie de notre charte et de nos valeurs. Mon engagement politique part de mon parcours professionnel, à l’heure ou il est difficile pour beaucoup de jeunes femmes de trouver un emploi, d’évoluer dans un système de parité faillible, je me bats quotidiennement pour faire avancer les droits des femmes dans la société. Engagée depuis plus de vingt ans, je m’efforce de défendre les valeurs sociales qui permettent aux citoyens de tous les horizons de mieux vivre. En tant que conseillère régionale, j’avais œuvré sur l’ensemble des sujets sociétaux et en particulier les sujets liés aux transports dans le cadre du changement climatique. J’ai continué mon engagement sur ces questions au Parlement européen au sein de la commission des transports et des libertés civiles, asile et immigration. L’occasion de mener des batailles pour l’accueil des réfugiés, le droit à l’avortement, notamment dans le cadre de la Convention d’Istanbul contre les violences faites aux femmes. Finalement, il y a toujours une forme de cohérence entre ce que l’on est et ce que l’on fait ; je suis socialiste et je défends les droits de mes concitoyens européens, c’est mon engagement. Un engagement que je mène auprès de mes collègues socialistes du groupe des sociaux-démocrates au Parlement, qui partagent les mêmes ambitieux pour améliorer la société européenne.

Beaucoup de questions m’ont été posées lors de l’échange avec la salle ; ce fut l’occasion de revenir sur de nombreux sujets d’actualité européenne : le Brexit, la montée des extrémistes en Europe, le mariage pour tous et les droits des homosexuels, l’accueil des étudiants, les enjeux climatiques et les futures élections européennes ; qui revêtent un enjeu de taille pour faire barrage à la droite et l’extrême qui n’ont de cesse de dénoncer l’Europe d’un côté tout en profitant de son système de l’autre.

 

 

 

Quelle politique européenne contre le racisme et les discriminations? Quelles réalités dans les différents pays d’Europe

C’est avec plaisir que j’ai ouvert le séminaire « United for equality » organisé par la Maison des Potes ce mercredi 31 octobre. En présence d’experts et d’associations, nous avons discuté du cadre européen contre les discriminations et le racisme.

Dans les années 2000, à la suite de l’onde de choc provoquée par l’entrée de l’extrême-droite au gouvernement autrichien, l’Union a voté deux directives majeures pour la lutte contre les discriminations. Elle a également instauré dans chaque État des institutions chargées de la défense du droit à la non-discrimination. Mais ce combat s’est essoufflé au fil des années, considéré comme dérisoire à côté des mesures économiques ou budgétaires.

Si la Commission européenne a immédiatement sanctionné le budget du gouvernement italien, elle n’a rien dit sur leur refus d’accoster l’Aquarius, au mépris pourtant des lois internationales. Un changement de paradigme est aujourd’hui nécessaire pour lutter contre les discriminations en Europe. La mobilisation des citoyennes et citoyens, notamment lors des élections européennes à venir, est plus que nécessaire.

Echanges sur l’état des lieux des droits sexuels et reproductifs en Europe au Conseil économique, social et environnemental

Le mercredi 31 octobre, j’ai été auditionnée par la délégation des droits des femmes du Conseil économique, social et environnemental français. Dans le cadre d’un rapport de Véronique Séhier sur les droits sexuels et reproductifs en Europe, j’ai été interrogée sur mon travail parlementaire pour la lutte contre les violences faites aux femmes ainsi que sur mon combat pour le droit à l’avortement en Europe.

Le climat politique actuel et la recrudescence des mouvements extrémistes et néo-fascistes en Europe freinent actuellement toutes propositions progressistes en la matière. Les femmes ont toujours été les premières victimes des régimes autoritaires et c’est ce que l’on observe aujourd’hui :  refus de légiférer sur les violences basées sur le genre ou restrictions abusives de l’accès à l’avortement et à la contraception moderne.

Face à cette menace grandissante, la mobilisation de la société civile est primordiale, en particulier à l’approche des élections européennes de mai 2019. Les citoyens peuvent agir pour la défense des droits fondamentaux par les urnes.

Avec la bonne majorité politique, nous pouvons élargir la Charte européenne des droits fondamentaux afin de constitutionnaliser le droit à l’avortement. Nous protégeons ainsi toutes les femmes européennes des dérives de leurs Etats.

#PrixDuCitoyenEuropéen La Maison des Femmes de Saint-Denis à l’honneur!

Mercredi 26 septembre, j’ai participé à la remise du prix du citoyen européen 2018 qui est une initiative conjointe du Parlement européen et de deux réseaux européens qui ont pour objectif de promouvoir la citoyenneté active. Ce prix récompense l’engagement démocratique et civique d’individus ou de groupes de citoyens. Cette année, dans la catégorie « initiative citoyenne de l’année », les premières lauréates sont les membres de la Maison des Femmes de Saint-Denis, que j’avais parrainées et à qui j’ai eu le plaisir de remettre le prix aux côtés de Sylvie Guillaume, Vice-Présidente du Parlement européen et Présidente du jury pour ce beau palmarès.

La Maison des Femmes de Saint-Denis (93), est un lieu d’accueil et de prise en charge unique en France ouvert en juillet 2016. Unique car il réunit dans un même lieu des services répondant aux différentes problématiques que peuvent rencontrer les femmes : Planning familial et IVG, situation de vulnérabilité (violences, précarité, exclusion) réparation et suivi des victimes d’excision. La Maison des Femmes soigne toutes les femmes vulnérables et victimes de violences. En décembre 2017, une nouvelle Maison des Femmes a été inaugurée à Bruxelles.

Je félicite vivement la Maison des Femmes pour ce prix qui récompense le travail dont elles font preuve pour accompagner les femmes et les filles victimes de violences. Je partage pleinement ce combat dans le cadre du processus de ratification par l’Union européenne de la Convention d’Istanbul

Voici mon intervention :

« Je suis très fière de voir la Maison des Femmes de Saint-Denis récompensée par le prix du citoyen européen 2018.

Lorsque la sélection a commencé, j’ai bien lu les règles de ce prix dont le but est de distinguer et de reconnaitre le travail de ceux qui promeuvent les valeurs européennes à travers leurs activités quotidiennes. Les valeurs européennes auxquelles je crois, ce sont celles qui sont inscrites à l’article 2 de notre traité : la dignité humaine, les droits humains, l’égalité entre les femmes et les hommes. En 2018 et depuis quelques années déjà, les droits des femmes sont en danger, en recul même dans certains pays européens – je pense à la Pologne et sa tentative de législation pour restreindre le droit à l’avortement. Je le ressens dans mon travail de députée européenne, surtout quand je travaille sur les violences faites aux femmes. Ce que nous pensions facilement acquis, telle qu’une législation européenne sur la lutte contre les violences faites aux femmes, ne l’est plus aujourd’hui.

C’est dramatique car je répète que les violences faites aux femmes ne doivent pas être prises à la légère, ni perçue comme une question que l’on peut remettre au lendemain. Nous sommes 250millions de femmes et de filles en Europe et cette violence a des conséquences graves pour la société dans son ensemble. C’est une violation extrême de nos droits fondamentaux et ce n’est pas tolérable pour l’Union européenne.  C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité mettre en avant le travail de la Maison des femmes de St-Denis, ce lieu unique en France qui réunit, sous un même toit, tous les services qui répondent aux problématiques rencontrées par les femmes (de l’IVG à la réparation de l’excision). C’est un travail exceptionnel et je félicite toute cette équipe pour leur engagement ; vous participez au respect des droits des femmes, à leur dignité et plus largement à l’égalité hommes/femmes. Cela doit être une priorité politique, et c’est en tout cas mon combat, l’Europe peut et doit faire mieux en la matière. »

 

 

 

 

Clôture du cycle Europe de Puissances Publiques, Ecole des Mines

Vendredi 21 septembre j’ai participé à la clôture du cycle Europe de Puissances Publiques, un groupe de réflexion du corps des mines, qui a travaillé pendant un an sur des sujets européens. J’ai été reçue par Michel Pascal, ingénieur général des mines et Pierre-Franck Chevet, Président du Think tank. Je suis intervenue aux côtés de Isabelle Jegouzo, ambassadrice en France de la Commission européenne et Salvador Serravale, Secrétaire adjoint aux affaires européennes pour la Commission.

J’ai rappelé en propos introductifs que l’Union européen est en pleine construction politique et qu’il est essentiel d’avoir des débats sur les différentes visions politiques. Le principal problème réside aujourd’hui dans le système de co-législation entre le Conseil des Etats-membres, qui bloque trop souvent le travail effectué par le Parlement. Sur beaucoup de sujets, il n’y a plus de consensus, je pense à l’accueil des réfugiés par exemple, à la révision du règlement de Dublin, ou encore à l’activation de l’article 7 contre la Pologne et la Hongrie qui bafouent les droits fondamentaux. Ces blocages alimentent trop souvent les partis de droite et d’extrême droite qui font de l’Europe un bouc-émissaire. C’est pourquoi je pense que le Parlement doit se doter d’un réel pouvoir afin de mettre en œuvre les lois qu’il vote. Sur le respect des droits fondamentaux, il faut une avancée rapide, car les citoyens européens ne comprennent plus pourquoi ils sont soumis à la loi et pas les Etats.

J’ai également rappelé que sur le pilier social promis par J-C.Juncker, les avancées sont encore trop faibles ; la droite refuse de voter des directives européennes sous prétexte qu’il est impossible de proposer une cadre législatif européen sur ces questions. Pourtant, je pense qu’il est possible d’avancer de manière globale dès lors qu’une une nouvelle forme d’économie circulaire s’organise dans tous les territoires de l’Union européenne. J’ai également défendu l’idée qu’il fallait mêler les questions sociales et économiques avec les grands enjeux environnementaux. Pour cela, dans le secteur des transports par exemple, il faudrait passer à d’autres carburants et développer l’offre liée à la main-d’œuvre ; également soutenir la recherche et le développement des équipements. Enfin, j’ai défendu l’idée d’aller vers un réel Buy european Act, tant que nous sommes en capacité de le faire ; et il faut voir le marché unique européen comme un marché de protection pour les européens.

Sur tous ces sujets, les échanges ont été riches avec la salle. Nous avons également abordé la question cruciale du budget et du cadre financier pluriannuel pour la prochaine mandature, la taxe sur le numérique, et le renouvellement de la démocratie en Europe ; à ce titre j’ai rappelé qu’au sein du Parti socialiste européen nous sommes favorables à la désignation du candidat à la présidence de commission issue de la nouvelle majorité parlementaire qui se dessinera au Parlement européen en mai 2019. En conclusion, j’ai redit qu’il était essentiel de développer la solidarité, la démocratie et l’écologie pour redonner sa force à l’Europe.

Voici le texte de mon intervention :

« Je suis ravie de pouvoir discuter avec vous de l’avenir de l’Europe et d’avoir l’occasion de réagir à vos travaux – j’ai lu avec attention la synthèse que vous m’avez envoyée. J’ai plusieurs commentaires après avoir lu votre synthèse, je suis parfois en accord avec vous et parfois vos remarques m’ont interpellées.

Sur l’Union européenne en crise

Oui, l’Union européenne traverse une crise et le Brexit est bien le symbole de cette crise. L’Europe n’est plus perçue comme un moteur d’intégration, de prospérité et de solidarité. Les responsabilités sont bien-sûr multiples, mais j’insiste sur les États membres. Car il y a un problème d’ordre institutionnel avec le Conseil des États membres. Le Parlement européen et le Conseil sont des co-législateurs. Mais le Conseil fait un usage abusif du système de vote à l’unanimité et l’UE est ainsi paralysé par l’hypocrisie et l’attentisme des chefs d’États et de gouvernements. Vous le dites dans votre synthèse, les structures européennes sont jugées complexes et il faut clarifier. Vous demandez un système de décisions à la majorité, mais j’irais plus lion :  le Parlement, élu au suffrage universel direct, doit posséder un réel pouvoir de décision lorsqu’il s’agit de compétences de l’Union européenne. A l’instar d’une assemblée nationale, le Parlement doit donc être l’unique législateur/décideur et disposer du pouvoir d’initiative

Ce point institutionnel est important car il explique que l’Europe « déçoit », car on a l’impression qu’elle n’avance pas. L’exemple le plus probant est la refonte de notre politique d’asile. La Commission européenne a proposé une réforme du régime d’asile, et le Parlement européen a déjà voté sa position sur le sujet. Mais qu’attendons-nous que cette réforme soit mise en œuvre ? Le Conseil !

Ensuite, ces mêmes chefs d’états vont revenir dans leurs capitales et accuser l’Europe d’immobilisme sur le sujet. Alors vous dites que « les grandes avancées récentes sont souvent du fait des chefs d’états et non des institutions européennes ». Je ne suis pas d’accord. Déjà sur la Grèce, vous oubliez le rôle du Commissaire Pierre Moscovici qui à œuvrer à maintenir la Grèce dans la zone euro. Sur la migration, toute les propositions humanistes et solidaires sont émises par le Parlement européen.

Du côté des institutions, il y a évidemment des choses à revoir et le bilan de M. Juncker à la tête de la Commission européenne est faible alors qu’il avait parlé de la dernière chance. L’affaire Selmayr par exemple – ce secrétaire général nommé par le fait du prince par Mr Juncker, au mépris des procédures. Cela entache gravement la confiance des citoyens européens dans leurs structures.

Sur les problèmes internes de l’UE

Je suis ravie de voir que vous aspirez à une Europe construire sur les respects des droits de l’homme et qu’il est urgent d’être intraitable sur les valeurs humaines. Je suis entièrement d’accord avec vous.

À ce titre, la procédure de l’article 7.1 est en œuvre en Pologne – à ce stade des auditions de la Pologne ont eu lieu devant les autres états. Et en Hongrie, c’est le Parlement qui a officiellement demandé au Conseil d’activer cet article 7.1. C’était une victoire historique des progressistes sur la droite ; une victoire du Parlement sur les états. Au Conseil maintenant d’être à la hauteur.

Le respect de l’état de droit est une priorité car nous devons assurer le fondement de l’Union, son article 2.

Sur les fractures sociales à l’œuvre

Vous avez raison, les fractures sociales bloquent la dynamique européenne. Et, les tensions économiques, le dumping social, les pratiques abusives d’optimisation sociale, qui en découlent se traduisent par des tensions politiques de plus en plus ouvertes au sein de l’UE.

Il y a un risque de fracture politique au sein de l’UE si nous n’arrivons pas à lisser les fractures sociales par le haut. Le secteur des transports que je connais bien en est le meilleur exemple.

Aussi, je ne pense pas qu’il faille se résoudre à accepter ces fractures sociales comme la contrepartie d’un intérêt géopolitique supérieur dans une économie mondiale « menaçante » pour reprendre vos mots. Il me semble que les fractures sociales, dans le contexte d’une intégration économique libérale, sont un véritable danger pour l’avenir du projet européen. Autrement dit, je pense que la faiblesse de la dimension sociale du marché intérieur est un moteur puissant de désintégration tout aussi dangereux que la concurrence des pays tiers sur notre marché intérieur que vous évoquez également à juste titre.

Je suis absolument convaincue que l’intégration économique que nous avons vécue ne peut plus faire l’économie d’une convergence sociale.

Petite remarque sur l’extension des frontières de l’UE

Attention à la sémantique utilisée car je ne dirai pas que l’UE s’est « diluée » avec l’incorporation de nouveaux pays membres. Déjà, ils ne sont plus « nouveaux », ils sont entrés en 2004 ou 2007 pour la Roumanie ou Bulgarie. Et les avantages ne sont pas dilués, au contraire les pays de l’Ouest ont profité du développement économique de ces pays.

Ma conclusion sur l’avenir de l’Europe et pour les prochaines élections européennes

Attention au débat entre pro et anti-européens car c’est un débat dangereux et faux.

Cette fausse opposition masque le vrai débat sur la nature des politiques menées à l’échelle européenne : pour ou contre la protection de l’environnement et le glyphosate, pour ou le contre la défense des droits sociaux européens ; pour ou contre des règles dans la mondialisation ; pour ou contre la solidarité dans la réponse au défi migratoire etc.

La social-démocratie doit mener de front un double combat, tout en faisant son autocritique : elle doit à la fois défendre l’essence du projet européen contre les europhobes, tout en promouvant sa refondation contre la droite pour que l’Europe soit perçue comme un outil de progrès par les citoyens. »