#ViolencesFaitesAuxFemmes Prévenir,Protéger, Poursuivre : les 3 P de la convention d’Istanbul à l’épreuve de la réalité des actrices et acteurs de terrain

Dans le cadre de mon rapport pour le Parlement européen sur la Convention du Conseil de l’Europe pour la lutte contre les violences faites aux femmes et la violence domestique, j’ai réuni à Paris le 24 novembre des acteurs publics, des professionnels de la justice et de nombreuses associations pour une table-ronde sur les violences faites aux femmes. Il est primordial d’entendre l’expérience des professionnels et des associations en lien direct avec les victimes afin que mon travail parlementaire soit le plus pertinent possible, le plus utile possible pour améliorer durablement la vie des femmes.

Je remercie vivement Anne Sannier, avocate au bureau de Paris, et Annie Garcia, conseillère technique à MIPROF, pour leurs observations si pertinentes sur le processus législatif français et sur la formation des professionnels en lien avec les victimes. En premier lieu les magistrats qui ne connaissent pas assez les mécanismes complexes de la violence conjugale ; ce qui conduit à des décisions de justice contestables. Comme l’a rappelé Annie Garcia, tous les acteurs doivent apprendre et se former mutuellement et c’est le but des groupes de travail organisés par la MIPROF.

 

Les intervenantes et les associations ont soulevé les situations très délicates des enfants, victimes directes ou indirectes de ces abus. Même témoins, les traumatismes psychologiques sont énormes. Tous ont rappelé l’importance de prendre en considération, au moment d’attribuer les droits de garde et de visite, des cas graves de violence domestique afin de les protéger d’un environnement violent et destructeur.

J’ai été alertée sur la nécessité de construire des hébergements d’urgence. C’est la première réponse que les pouvoirs publics doivent apporter car sans un lieu sûr, les femmes victimes n’oseront jamais dénoncer leurs sévices. Il en manque encore trop en Île-de-France.  Aussi, la réunion a été l’occasion de discuter de l’accompagnement psychologique et social des victimes, notamment des femmes handicapées. Une femme handicapée sur deux a été victime de violences ! Elles ont des besoins spécifiques et mon rapport le prend en compte en appelant à assurer un accompagnement adapté à un handicap.

Pour finir, j’ai montré à ces acteurs français que l’Union européenne est une échelle pertinente pour lutter contre les violences. Nous avons voté une Directive pour une meilleure prise en charge des victimes d’infractions pénales, nous avons mis en place une décision de protection européenne permettant aux victimes d’être protégées quand elles se déplacent dans un autre pays. Et en ce moment la Commission et les Etats membres négocient la ratification de l’Union à la Convention d’Istanbul ; traité international le plus avancé sur la question.

Car la combat dépasse les frontières nationales et il faut protéger toutes les femmes européennes, partout où elles vivent en Europe. J’ai pris l’exemple de la situation en Pologne où le gouvernement ne cesse d’attaquer le droit des femmes.  Le gouvernement polonais a par exemple refusé des fonds à des organisations pour le droit des femmes tout en finançant des mouvements religieux. Un intervenant, avocat au barreau de Varsovie, a déploré les projets du gouvernement pour durcir voire interdire totalement l’avortement.

Cette réunion n’est que la première car le combat est loin d’être terminé. Je suivrai attentivement les négociations pour la ratification de l’Union à la Convention d’Istanbul et j’ai appelé les associations à être également attentives car sans ratification, nous ne pourrons pas agir efficacement. Je serai heureuse de les rencontrer à nouveau afin de lutter toujours plus efficacement contre ces violences intolérables.

 

 

Conseil du PSE à Prague: agir pour les défis à venir et la démocratie en Europe !

Vendredi 2 et samedi 3 décembre dernier, j’ai participé au Conseil du Parti socialiste européen (PSE) qui s’est tenu à Prague, en République Tchèque. J’ai eu l’occasion d’intervenir à une table ronde qui traitait des « défis à venir et de la démocratie en Europe » et qui était animée par Marije Laffeber, secrétaire générale adjointe du Parti socialiste européen (PSE) depuis 2012. Je suis intervenue aux côtés d’Evi Christofilopoulou, députée grecque du Mouvement socialiste panhellénique ; Jeremy Corbyn, le leader du parti travailliste britannique et Maria Maltschnig, directrice de l’Institut Renner en Autriche. Ce fut l’occasion de donner mon opinion sur la montée de l’extrême droite en France et en Europe et sur les réponses que les démocrates européens peuvent apporter face aux nationalismes. J’ai également insisté sur la nécessité de garder le cap sur les propositions que nous faisons quotidiennement au Parlement européen et qui vont dans le sens d’une Europe plus sociale, plus juste et plus forte.

Marije Laffeber : “En France, il y a une élection très importante qui arrive au printemps ; et nous pouvons constater que la montée des mouvements populaires, qui sont très présents. Ces mouvements extrêmes sont entrain de récolter de plus en plus de voix et ils prennent de la force. Cependant, j’espère que les futures échéances électorales seront l’opportunité pour les sociaux-démocrates de gagner du terrain.  Christine, pouvez-vous nous parler un peu de la situation en France et de comment nous pouvons combattre la montée des extrêmes ? »

 

« Bonjour à tous,

Parler de la France, parler de Marine Le Pen, puisque c’est son nom, c’est parler d’Europe. Pourquoi ? Parce que la victoire des pro-Brexit au Royaume-Uni et l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, ont été des sources de satisfaction pour Marine Le Pen. Cela lui sert à démontrer que l’extrême droite peut arriver au pouvoir. D’ailleurs, nous ne sommes plus face à un danger, nous sommes devant une réalité et il faut en prendre toute la mesure. Je vais vraiment rester au niveau européen par rapport à ce que fait Marine Le Pen, parce que son discours tourne autour de la destruction de l’Europe ; qu’elle rend responsable de tous les mots. Pourquoi ce discours se fait de telle manière et pourquoi ce discours est si prenant ? Quand on regarde les dérives que la mondialisation a engendrées, toutes les personnes qui sont laissées sur le côté, c’est quelque chose qui n’est plus acceptable pour nous, français et citoyens européens. Face à cela, les propositions que nous faisons sont très bonnes mais les propositions que nous faisons sont difficiles à mettre en œuvre aujourd’hui au niveau de la politique européenne. Il faut faire en sorte que les propositions que nous faisons, souvenez-vous notre très beau programme de 2014, et la résolution d’aujourd’hui qui est extrêmement forte, proposent un certain nombre de mesures. Des mesures concernant l’emploi, et l’emploi des jeunes, des mesures concernant le dumping social, des mesures concernant le juste échange économique, …Mais jusqu’alors nous n’avons pu les mettre en œuvre, parce que le système politique fondé sur une grande coalition, qui fonctionnait dès lors qu’il n’y avait pas cette extrême droite aussi forte au Parlement européen, nous permettait d’avancer petit à petit. Nous avons la nécessité d’avancer sur la question de la temporalité. Marine Le Pen, comme tous les extrémistes en Europe et ailleurs, propose une chose : c’est l’Europe le responsable, c’est l’Europe qui n’a pas répondu aux dérives de la mondialisation. « Nous on vous propose quelque de chose de très simple, on sort de l’Europe, on sort de l’Euro et on le fait maintenant ». Nous, les sociaux-démocrates, nous savons que nos propositions vont prendre du temps à émerger et il faut qu’on garde et qu’on revisite à nouveau cette question de la temporalité. Il faut qu’on fasse en sorte que dans les propositions que nous ferons et les votes que nous aurons, nous mettions plus de cohérence, plus de clarté, quitte à perdre des votes mais à être enfin plus forts sur cette question-là. C’est pour cela que je suis très contente que Gianni Pittella, le Président de notre groupe se présente à l’élection du Parlement européen et le fasse dans une alliance avec, je l’espère, les verts, la GUE et tous les progressistes qui ont envie de remettre de la clarté entre la droite et la gauche. Car, ce n’est pas la même chose et ça va être projet contre projet pour plus laisser le cœur du débat au Front National et à tous les extrémistes en Europe. »

« Je crois que dans les deux ans et demi qu’il nous reste avant la prochaine élection européenne, il faut qu’on commence, et on a commencé à le faire, par reconnaître qu’il y a des choses qui ne vont pas, qui ne marchent pas, et qu’on n’a pas réussi. Il faut le reconnaitre et après poser les points sur lesquels nous allons avancer. Un exemple, sur les questions sociales, on a bien vu que la question de la lutte contre le Dumping social fait encore débat, même entre nous. Il faut vraiment être clair et faire en sorte que les choses que nous décidons ici soient communément partagées par tout le monde. Si non, nous ne sommes pas crédibles dès lors qu’on ne respecte pas ce sur quoi on s’engage. Sur la question du juste échange, nous n’en n’avons pas beaucoup parlé, mais c’est un enjeu très important, il faut qu’on construise une politique de marché intérieur forte pour pouvoir négocier avec d’autres partenaires européens. Il faut déjà qu’on soit en capacité, et il faut le construire, de faire des propositions rapidement. Et par ailleurs, il faut faire respecter l’Etat de droit, les valeurs, le respect des uns et des autres au sein de l’Union européenne et y compris dans des pays ou se sont des sociaux-démocrates qui gouvernent. Ce n’est plus possible d’être dans cette situation, sinon nous ne sommes pas crédibles. Nous pouvons changer cela dans les deux ans et demi qui viennent et ensuite on avancera sur de nouvelles propositions. Soyons à la hauteur et respectons ce pourquoi nous nous sommes engagés et respectons nos valeurs. »